la voie est libre
Poésie · Editions Douro · 2022

La voie est libre

Compagnons de voyages en poésie.
L’envie de prendre le train des mots ensemble.
Composter l’amitié, sans trop de règles, nous sommes plutôt du genre à suivre le vent.
Parfois nous nous trouvions dans le même wagon, des fois sur le siège d’à côté.
A d’autres moments nos trains ne faisaient que se croiser.
Sur certains tronçons ils ont roulé en parallèle.
Tu peux monter sans crainte, descendre quand tu veux.
La voie, toi, nous, la roue parfois, le roulis des récits, tout est libre.
On se retrouve sur le quai.
Un livre à la main.

Hélène Dassavray & Jean Azarel

 

 

Extrait

LES TRAINS D’HELENE

Jean, assieds-toi en face de moi, côté fenêtre,
garde tes mains dans les poches,
les yeux rieurs des gamins qui pensent à une connerie,
dégainent un riff, suivent la route.

Compagnons de voyage impromptu,
descendant à la prochaine,
ou la suivante prochaine,
chacun dans le secret de son cœur relativise sa propre réalité.
Enfin, je crois.
Parfois un mot, une phrase, un vers, passe la carapace, franchit à cloche pied les traverses, file sur le bon rail –
résonne intra-muros.
Parfois un mot, une phrase, un vers, réunit l’ensemble.
Pour un instant d’une fugacité inouïe. Et palpable.
C’est ce qui nous tient debout : les mots qui passent la carapace.
Enfin, je crois.

On peut y aller Jean, la voie est libre,
les bagages consignés.
Sur des carnets empilés.
Tout un chacun est chaque jour un survivant
(on dirait un morceau de Dylan Nobel).

On ne peut pas se souvenir de tout,
on ne peut pas compter les regards,
ni les étoiles dans une nuit,
on jette juste un œil sur le quai avant de refermer la portière du train.
On fait glisser la bande son sur radio perfecto,
on put on nos red schoes et on dance the blues.
On s’éloigne de la bordure du quai, si on veut !

De multiples trains dans ma tête – gare de triage.
Sortir des rails fait-il de nous des aventuriers ?
N’est-ce pas emprunter d’autres rails ?
De toute façon ton train de vie ?
Parfois le sentiment de le prendre au vol,
comme un réflexe, comme un hobo,
un train peut en cacher un autre –
ou pas.

La voie est libre
Détails
Éditeur Douro
Parution 2022
Genre Poésie
ISBN 9782384061105
À propos

Ce récit – à deux voix en « repons » – parle des trains d’Hélène Dassavray et de ceux de Jean Azarel (enfin presque), de nos mères et des madones des sleepings, des dactylos rock chères jadis aux Chaussettes Noires, de Marianne Faithfull, de la poésie ferroviaire, des transports noirs, des amours impossibles et des amours trop rapides, de Blaise Cendrars et des fantômes de quelques disparus au bout des quais…
Après Les femmes fatales sont-elles mortelles et Waiting for Tina, les deux auteurs ouvrent d’autres voies. Elles ne sont pas de tout repos. Mais il s’agit  d’embarquer en des sortes de trains fantômes avec élégance et désinvolture, même au nom de l’amour pour celles et ceux que nous laissons sur le quai.
La mère s’en va, elle est oubliée pour une autre femme. Les mots semblent faire de même sauf ceux qui accompagnent dans des trains de nuit qui mènent à travers les plaines, cheval de fer et locomotive d’or.
Une vitesse fleuve emporte dans cette divagation au bourdonnement zigzagant. Certains somnolent au lait de l’enfance, partis à la nuit claire à la recherche d’une présence d’une dame à l’âme endormie. Les corps ont leur raison que la raison ne connaît pas au moment où  le gel fige les limites du cœur  à ce qu’elles sont : une existence comptée. C’est un constat de trop de logiques ou de pas assez de bogies : mais il faut poursuivre encore.

jean-paul gavard-perret [in lintern@ute]

Une autre lecture de jean-paul gavard-perret ICI

 

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