Les femmes fatales sont-elles mortelles ?
Johnny est la jeunesse, sa magie et son incandescence qui troublent les sensations.
Sa vie chaloupe comme un commerce interlope.
Sa vertigineuse soif d’amour est musicale, elle rythme ses nuits.
Jusqu’à l’ultime.
Peut-être une histoire que Johnny se raconte.
Je suis fille de douanier, j’aime jouer aux frontières.
L’envie de peindre un portrait comme dans une chanson
La bande annonce par ICI
Chienne de vie
sa vaisselle sale dans l’évierla bonne fortune pas plus que son revers
n’est une question fondamentaleles préjugés
les prises de tête
et même les ballesJohnny esquive
*
Elle ne le mesure pas
ne miserait rien d’elle-mêmeson éclat juvénile
éblouit les plus sombres
regards rivés
fascinés
zippés à son côté obscursa grâce insolente
capture l’iris
naïve ensorceleuseJohnny pire qu’un charme
Les femmes fatales sont-elles mortelles ?
A cette question liminaire, Hélène Dassavray répond finalement. Je ne dirai pas en quel terme… Tout son recueil tend à définir à sa façon, ce qu’est une femme fatale, ou plutôt plusieurs femmes fatales incarnées dans un sul personnage au prénom à priori masculin : Johnny. Tout est question de charme et de charnel. Dès la première page : à la peau de la nuit / vendue avant le jour. Et de la séduction comme un leitmotiv en continu : oeil pour oeil de velours. Les éléments souvent se mêlent : tout en chairs et cambrures ou bien : sa grâce insolente. Le jeu, est-ce le mot juste ? se passe entre son regard, son corps et les hommes tout autour aimantés, attirés, électrisés : tant qu’elle peut jouer / Johnny essaye encore. Il est sûr que nombreux sont les déceptions et les échecs on trouve des cadavres noyés / dans l’étal de ses yeux. La composition de chaque page est à l’identique, comme dans une chanson : un couplet plus ou moins long, puis le refrain en deux vers ramassés : charnelle et désinvolte / Johnny s’envole. La femmes fatale peut-elle ou doit-elle faire la rencontre, qu’elle cherche, qu’elle guette et qu’elle attend ? Peut-elle l’esquiver ? Hélène Dassavray mène avec maestria cette dans ensorcelante, ensorceleuse.
Jacmo [Revue Décharge N°196]
Film noir ou poème nocturne ? Nouvelle à suspense ou tableau sensuel ? Journal intime ou chronique publique et ses rubriques « seduction », « où sortir ce soir » et « faits divers » ?
À moins que ce recueil soit une bande dessinée sans dessins, un strip compact dont chaque case tient sur une page, noircie de 10 ou 15 lignes qui tracent une esquisse aussi brève que précise…
Comment étiqueter ces textes, à la fois délicats et fiévreux, captivants et inquiétants, charmeurs et ténébreux ?
Mais faut-il les étiqueter au lieu de considérer simplement que, comme tous les écrits de cette magicienne du verbe qu’est Hélène Dassavray, cet ouvrage restera réfractaire à toute tentative de classification ?
Et, finalement, en rendant toutes les hypothèses précédentes aussi correctes qu’erronées, ce livre ne se veut-il pas un éloge de l’ambiguïté ? Ambiguïté de la forme, du ton, des personnages, de leurs envies, de leurs actes et, surtout, ambiguïté des mots.
Comment réussir alors, dans ce royaume du double sens, à déterminer si les femmes fatales sont bel et bien mortelles ?
Sébastien Fritsch