Je l’ai vu naître cette librairie. Ma mémoire n’est pas bonne mais je crois que c’était dans les années quatre-vingt. En revanche je me souviens de la grande bâche disant que prochainement une librairie s’ouvrirait sur ce lieu. Comme un cadeau encore emballé.
Hélène et Jean-Marc ont eu l’audace de cette aventure.
Elle ne nous a pas déçu, la librairie ressemblait bien à une librairie, des livres, du bois, une atmosphère… celle que tous les lecteurs connaissent, ce bonheur de l’odeur des promesses.

Une vingtaine d’années plus tard, je remplaçais Hélène partie en congé maternité.
C’est l’une des belles périodes de ma vie, lorsqu’on aime les livres c’est un rêve de travailler dans une librairie, se repaître des textes, découvrir les perles avant tout le monde, rencontrer d’autres lecteurs. Les fous rires avec Magali et Fred…
Hélène n’est finalement pas revenue travailler, elle a vendu ses parts, la librairie est devenue celle de Magali et Jean-Marc, un souffle nouveau mais le même cap : librairie indépendante généraliste. Il y en avait de moins en moins en France, mais Mot à Mot a tenu bon.
D’autres équipées m’appelaient ailleurs, j’ai quitté le job.
A lire à peu près un livre par jour les sept années où j’ai travaillé à la librairie, sans m’en apercevoir j’avais fait une overdose de lecture, pendant deux ans je n’ai plus lu.
C’est revenu bien sûr, avec modération et un plaisir accru de ne lire que pour moi, plus rien de professionnel.
Jean-Marc a pris sa retraite, Chloé est arrivée et hier, je suis revenue à Mot à Mot, invitée en tant que poète, j’ai découvert la librairie de Magali et Chloé, la même et cependant une autre.
Elles en ont fait un lieu clair et spacieux, encore plus convivial, une merveille de librairie.
On ne voit pas le travail que cela peut être de tenir front aux énormes machines du moment, rester indépendant, rester soi-même, tenir, évoluer…
Bravo les filles, big up, chapeau bas. Et merci.

Avec Thomas Vinau – Photo Antoine Gallardo