Nous avons passé un dimanche sur une autre planète.
Nous étions de barbecue chez une milliardaire.
Nous ne connaissons pas de milliardaire mais nous connaissons des régisseurs de domaines, des gardiens de châteaux, des cuisinières de grand bourgeois.
Beaucoup de nos amis ici vivent de services rendus, ce qui nous permet de passer du temps dans de somptueux endroits, car, comme le monde est bien fait, les riches ont par définition plusieurs maisons, en habitent une seule à la fois, laissent donc les autres vivre d’autres aventures.
C’est nous les autres aventures, les gueux qui se réjouissent dans les palais.
Non, en vrai, je ne le vois pas comme ça. La lutte des classes n’est pas mon combat. Chacun sa vie, chacun ses bonheurs et ses ennuis, le monde et l’humain sont ce qu’ils sont.
On peut faire mieux, dans l’organisation générale, certes, mais déjà que ce ne soit pas pire.
On l’a déjà vu.
Donc c’était barbecue chez milliardaire invités par B., régisseur en chef.Je te passe le bonheur d’un dimanche entre amis joyeux et débonnaires.
B. et son fils nous ont reçu avec chaleur et générosité. Le hasard a fait qu’il y avait à la maison ce week-end là Captaine Sensible, Coloc Bingo, et Dam, tous embarqués au barbecue.
Il faisait beau, pas trop chaud, la bonne compagnie, le vin qui coule à flots, tu vois le topo.
Mais ça, bienheureux que nous sommes, c’est une chose que l’on connait, le reste était, jusque-là, inconnu.
Nous n’étions pas seulement chez une milliardaire, nous étions chez une femme amatrice d’art et mécène.
Une folie.
Autre qu’un musée, puisque vivant, habité.
Je te livre en vrac.
Commençons par l’extérieur, là où nous nous tenions.
De multiples jardins à thèmes différents, le japonais, le carré, le rectangle… des plantes merveilleuses bien sûr en plus des locales, l’olivier, la lavande, le jasmin. Des nénuphars et des carpes dans les bassins… des salons et des tables à manger multiples, dans tous les recoins. Et surtout des sculptures partout, en bois, en métal, des mouvantes, des rondes, des anguleuses, un Giacometti, un rouge sanglant dans la verdure…
Une piscine dehors, quasi olympique, avec vue sur le Ventoux. Une piscine dedans, bien sûr.
Pour l’intérieur, on pourrait manquer de mots, œuvre d’art sur œuvre d’art, le moindre objet est signé, des millions sur les murs.
Tu entres dans une des nombreuses chambres, deux petits Picasso sur un mur. Un Miro dans l’escalier, un de Staël dans les toilettes, une sculpture de Niki de Saint Phalle posée négligemment sous une immense toile de Sonia Delaunay, un Keith Haring au-dessus d’une voûte, et des dizaines et des dizaines d’œuvres dans des dizaines de pièces. Des salles de bains en pierre rare, des meubles design, des collections d’objets anciens…
De notre monde, on ne peut pas imaginer.
C’était beaucoup. Imagine que tu passes la journée au Louvre, à Beaubourg et chez Bill Gates en même temps, le regard et l’esprit sollicités en permanence, tu prends plaisir à revenir chez toi, juste contempler la nuit sans retenir ton souffle.
Il y avait une audace dans cet amoncellement d’art qui m’a émue, et même bouleversée, une force qui m’a sans doute changée un peu.
C’est ce que fait l’art au monde et à l’humain.
Un réflexe de bonne femme, j’étais étonnée que tout soit si impeccable j’ai pensé à une armée quotidienne d’agents d’entretien et posé la question à B.
Que nenni.
Un système agissant sur la pression de l’air interdit la maison à la poussière.
Tu le savais toi, que les milliardaires ont vaincu la poussière ?
Là, ça m’a vraiment fait rêver.