Dans la nuit glacée
la lune romance l’obscur
les illusions se cabrent
piétinent l’éphémère
dans la nuit déchirée de l’absence
quelque chose traverse le ciel
une espérance sans nom
range les outils de la mélancolie
par ordre chronologique

ça n’arrive qu’une fois
que demain ne vienne pas

slow peaceful road

Mon premier amour, mon très cher plus vieil ami

Ce texte là tu ne le liras pas, je le poste quand même
et puis qui sait…

Alors, tu es mort ?
D’accord, on ne peut pas dire que c’est une surprise
mais c’est une réalité
que je n’arrive pas à bien comprendre
je crois que ça veut dire qu’on ne parlera plus, qu’on ne rira plus ensemble
si j’ai bien saisi tu n’es plus là
tu es parti fumer un calumet avec Djah (suite…)

un univers indefini

Mon très cher plus vieil ami

Tu es en train de mourir
notre fils est près de toi
ta compagne est près de toi
moi, je suis plus loin mais je suis là
au nom de toute notre vie je suis là
j’ai fumé un calumet en regardant les étoiles
parce que tu es en train de mourir
pour être près de toi
pour te tenir la main
on a toujours été d’accord que c’est moi qui tenait le compte
cela fait 48 ans que l’on chemine ensemble
de plus ou moins loin mais jamais séparés
tuit ans
on lui avait dit quand il était petit
chacun reprend seul sa route mais tes parents ne se séparent pas
je n’arrive pas à croire que nous en sommes là
je n’arrive pas à penser un monde où tu n’es pas à portée de voix
à portée de mots (suite…)

A l’aube de mes 6,5 décennies


Le sentiment de vieillesse
Nancy Huston

Oui. Je trouve que j’ai eu une vie magnifique. C’est comme si j’avais fait de l’alpinisme avec la face de la montagne toujours là, devant les yeux. Et petit à petit, ces dernières années, je me trouve en haut de la montagne, avec une vue resplendissante dans toutes les directions. Je vois les décennies que j’ai traversées, les forêts, les lacs et les villages. C’est assez extraordinaire d’avoir cette perspective sur le temps. D’avoir rencontré des gens bébés et de les connaître adultes, d’avoir suivi le vieillissement et la mort des proches. D’avoir vu les temps changer, l’époque changer, les vocabulaires se transformer.
Comme je suis écrivaine, je suis en permanence à l’écoute du monde. Et c’est une chance fantastique d’avoir sept décennies de réel à ma disposition.
…/…
Cela fait un bien fou de se réveiller le matin en se considérant tout simplement comme un animal, un être vivant qui a le droit de circuler, respirer, manger, aimer, dormir le soir, vivre et mourir comme tous les animaux l’ont toujours fait, sans justifier son existence à chaque seconde. On naît et on meurt, c’est juste normal, il n’y a rien de dramatique là-dedans. Nous autres humains avons une idée hypertrophiée de notre importance.

Il faut que je te raconte


Nous avons passé un dimanche sur une autre planète.
Nous étions de barbecue chez une milliardaire.
Nous ne connaissons pas de milliardaire mais nous connaissons des régisseurs de domaines, des gardiens de châteaux, des cuisinières de grand bourgeois.
Beaucoup de nos amis ici vivent de services rendus, ce qui nous permet de passer du temps dans de somptueux endroits, car, comme le monde est bien fait, les riches ont par définition plusieurs maisons, en habitent une seule à la fois, laissent donc les autres vivre d’autres aventures.
C’est nous les autres aventures, les gueux qui se réjouissent dans les palais.
Non, en vrai, je ne le vois pas comme ça. La lutte des classes n’est pas mon combat. Chacun sa vie, chacun ses bonheurs et ses ennuis, le monde et l’humain sont ce qu’ils sont.
On peut faire mieux, dans l’organisation générale, certes, mais déjà que ce ne soit pas pire.
On l’a déjà vu.
Donc c’était barbecue chez milliardaire invités par B., régisseur en chef. (suite…)

L’oiseau-roc


L’oiseau chaque jour tente de faire son nid dans le projecteur sous le préau
les brindilles glissent, tombent, maculent le sol
fi, il recommence
il prend ses aises
essaye les dos des chaises
regarde en couleur tomber les brindilles
puis recommence
porte avec lui, Sisyphe joyeux
un mouvement printanier
chante la chute des brindilles
recommence
dans une sorte d’absolu
l’oiseau veut habiter cette maison
il ne sait pas
pour le chat

Message perso d’Happy anniversaire


Mon très cher plus vieil ami
elle est classe cette bougie que tu souffles aujourd’hui
jolis chiffres sur le gâteau
ce huit comme l’infini en verlan
et l’autre, il paraît que c’est le chiffre de l’homme, avec ses quatre membres et la tête, tentant d’atteindre le divin
Jah in you forever
je te vois sourire
(tu vas sourire encore plus, j’arrête d’écrire un instant, soufflée par le fait que passe à cet instant précis un reggae sur Fip (The Gladiators-Bellyfull, pour être précis) –
Connected people…)
Je te sais en bonne compagnie
Je m’y joins de tout mon cœur
Love sur toi

P.S. L’autre jour j’écoutais les interviews à voix nue de Laure Adler (clique ICI si tu veux écouter), je pense qu’elle te plairait bien, une sacrée nana, mais surtout la punchline d’un autre monde, enfin de celui-là justement : un seul âge, vivante…

Bricolage

Tu naquis d’un bricolage
Du génial univers
Par étranges combinaisons
Par surprises et par liaisons
Tu devins Toi plutôt que mouche
Plutôt que zèbre souris lion

Surgi du magma des possibles
Et de la souche de toute vie
Tu devins Toi
Unique au monde
Face à l’éphémère défi.

[André Chedid in Rythmes – Ed Gallimard]