Voilà, c’est la dernière lettre. (ou pas)
La dernière lettre, peut-être parce que je m’habitue à ton absence, peut-être parce que cela fait neuf mois que tu es mort, un cycle, un accouchement de ta disparition, peut-être parce que je sais que tu vivras en moi toujours, peut-être parce que demain c’est l’anniversaire de notre enfant (il aura l’âge que tu avais quand il est né, la vie est facétieuse), peut-être parce que c’est comme ça.
Tout ce qui a un commencement a une fin.

C’est aussi la jeune fille de dix-sept ans qui te dit aurevoir, merci pour toute cette complicité, merci pour toute cette vie, merci de cet amour sans condition.
Si elle aime si intensément l’homme du présent c’est parce qu’il y a eu ce premier amour si bienveillant.
C’est comme ça que ça marche, on aime comme l’on a été aimé.

Je me souviens du regard des gens sur nous, dans cette Alsace repliée, moi la gamine fringuée excentrique, maquillée, pour être sûre qu’on la voit, belle, et toi l’homme presque à la mi-temps, déjà père, silhouette Gainsbarre, au regard d’eau, perçant les âmes.
Avec cette infinie tristesse sous ce sourire espiègle.
Nous choquions et en riions.
Punk is not dead.
Pas comme toi.

Bye mon amiour, il faut bien continuer à rire, même avec les absents.
Même avec ces absences.

Devant ton cercueil, Le Pitchoun avait commencé son texte comme ça : Tout est bien …/… C’est harmonieux autant que ça peut l’être.
Pas mieux.

Tout le monde va bien, je vais te laisser partir.
Il y avait tous les enfants le week-end dernier, nous étions une tablée de quinze pendant trois jours.
Ils n’en reviennent pas les enfants du Campement, Weber reçoit à la méditerranéenne, princier : c’est royal ou on ne reçoit pas.
Les hommes de ma vie ont toujours été des hommes généreux.
La magie était là ces trois jours, l’ambiance joviale et débonnaire, l’énergie fluide et sereine.
Et puis l’amour.
Ce qui est pris est pris.
Chacun fait de son mieux, n’est-ce pas ?

Pars, surtout ne te retourne pas… Tout va bien.
Aux alentours, c’est plutôt le côté lumineux de la Force, tu peux y aller tranquille.
La gamine grandie ne t’oubliera jamais, tu le sais bien.
Merci de toi
See you later, Alligator
Avec toi pour toujours