

Je recycle le Télérama de la semaine dernière


Je recycle le Télérama de la semaine dernière
Les grands petits bonheurs, une petite main dans ma vieille main, l’autre petite main dans la main d’un dont j’ai autrefois tenu si souvent la petite main dans la mienne, tous d’un même pas
Repas Romain à l’auberge du village, tous ont joué le jeu, la moitié des hommes sont déguisés en César, quelques sénateurs et centurions, une Cléopâtre de 7 ans, des romaines et des gauloises blondes, un ou deux druides… dégustent des mets de l’époque, le smartphone posé à côté de l’assiette
Une belle vue, une bonne compagnie, un rayon de soleil, pour moi ce sera un kir
Cueillir à la vigne de l’âge les grappes de raison
A l’Est, sous le ciel noir, les flancs de la falaise, les champs, les arbres se gorgent de soleil
allégorie des temps qui courent
Parfois on les comprend, ces gens qui lâchent, qui blackoutent, qui ne prennent plus sur eux, qui n’assurent plus, qui se cachent sous une table ou divaguent dans les rues, qui disent : continuez sans moi je vais m’arrêter là et juste écouter les oiseaux chanter, vaquez, ne vous occupez pas de moi
on les comprend comme des frères, puis le coup de fatigue passe, on le regarde s’éloigner, on ne sait pas vraiment à quoi mais on sait qu’on y a échappé
La pluie, le vent, tout ploie, rien ne rompt
La poésie est partout
mais parfois difficile à trouver
la compta par exemple
Les émerveillements du quotidien, tu ouvres ta fenêtre pour fermer les volets, en face de toi une plénitude blanche, d’une lumière à la fois pâle et vive, un cercle parfait qui charme ton âme
Aujourd’hui c’est poésie
Dans le fond de mon croire
des voix millénaires
des êtres pas encore nés
des vieilles indiennes
surprennent d’une visite
trois paraboles deux vérités
et chacun enterre
sa propre hache de guerre
Se découvrir d’un fil, J-1
Grand petit bonheur, un repas avec des amis où l’on rit


Je recycle le Télérama de la semaine dernière
Je n’ai jamais d’argent ni d’or sur moi au premier chant du coucou, alors à chaque fois je touche mon cœur pour avoir de l’amour toute l’année, on dirait que ça marche
Le premier coquelicot, un peu comme un retour de l’être aimé
C’est comme si je sentais ton enfance dans le parfum du jasmin
A tout âge il y a des premières fois
Cette année, c’est la première fois que je paye des impôts
Honnêtement, ça fait un peu râler (je sais quoi faire d’autre de cet argent) mais en même temps je suis bienheureuse de pouvoir rendre un peu (tout petit peu) ce que l’on m’a donné pendant tant d’années
Bilan : l’important c’est de participer
Ce premier regard ne nous avait pas menti
Dix ans que l’on s’aime depuis six mois…
L’apocalypse est reportée


Je recycle le Télérama de la semaine dernière
Et soudain, à la radio, Musicology du Prince , je danse seule dans ma salle de bains
dans le miroir, la vieille dame me ressemble avec amabilité
Ce matin, un chant de fleurs
L’émotion, des mots qui savent ce qu’ils font
La lumière arrivera-t-elle à passer par le détroit d’Ormouz
Chaque printemps contient comme une ivresse tous ceux déjà vécus
Ce qui m’importe dans cette guerre c’est savoir ce qu’il advient des espoirs dévoilés des Iraniennes


Je recycle le Télérama de la semaine dernière
Vivre au Chelsea hôtel dans les années 60
Avec l’âge, les sachets de tisane nous font l’effet d’une soufflette
[Emanuel Campo in L’archipel des maisons – Ed la Boucherie littéraire]