En ce jour de « Damned, dans 4 ans j’ai 70 ans ! », un poème d’un recueil inédit « Indienne, comme l’été »
En un clin d’œil parfois le souvenir les sensations du temps où je possédais la science de la marche à talons hauts et du trait d’eye liner
Les morts restent morts le passé tout autant sauf quand dans un éclair il vient échanger quelques mots mettre des i sous vos points de vie
La jeune femme regarde la plus ancienne la félicite d’être vivante et quasi entière celle d’aujourd’hui console la débutante (la naïve, l’apprentie, l’ignorante) tu vois, nous sommes gaie
Je t’ai dit que je te raconterai la fête. Mais tu l’as peut-être vécue de là où tu étais, qui sait ? Tu as vu comme nous avons eu de la chance avec le temps, ce grand soleil et cette douceur dans l’air. Le soleil, le vin, les enfants et les amis. Chanceux que nous sommes Dans cette tribu, nous n’en demandons pas plus.
Oui, je continue, on pourrait dire que ce sont des lettres de l’after. Mort ou vif, j’ai toujours plaisir à t’écrire. Comme une conversation continue, je ne peux pas me résoudre à ne plus te raconter ma vie, avec le recul je me rends compte à quel point tu écoutais bien, comment tu posais les questions au bon moment, je ne pense pas être la seule à avoir eu cette impression que l’on pouvait tout te dire. Vraiment. C’est étrange de penser qu’au fond tu étais rassurant par cette écoute, ce non-jugement, oui c’est étrange à penser parce que d’un autre côté tu étais tout sauf rassurant, sans revenus ni réellement de domicile fixes, vivant au jour le jour. Au fond ta philosophie remplaçait tout, la carrière, le statut social, les projets. Par exemple, tu me disais que tu étais hermétique à la poésie, mais c’est parce que tu la vivais. Pas besoin de la lire, ni de l’entendre, tu la sentais, la voyais, là où elle est. Partout. Poésie partout, conformisme nulle part.
Mon très cher plus vieil ami elle est classe cette bougie que tu souffles aujourd’hui jolis chiffres sur le gâteau ce huit comme l’infini en verlan et l’autre, il paraît que c’est le chiffre de l’homme, avec ses quatre membres et la tête, tentant d’atteindre le divin Jah in you forever je te vois sourire (tu vas sourire encore plus, j’arrête d’écrire un instant, soufflée par le fait que passe à cet instant précis un reggae sur Fip (The Gladiators-Bellyfull, pour être précis) – Connected people…) Je te sais en bonne compagnie Je m’y joins de tout mon cœur Love sur toi
P.S. L’autre jour j’écoutais les interviews à voix nue de Laure Adler (clique ICI si tu veux écouter), je pense qu’elle te plairait bien, une sacrée nana, mais surtout la punchline d’un autre monde, enfin de celui-là justement : un seul âge, vivante…
Pourquoi certaines personnes se sentent obligées de vous dire que vous ne faites pas votre âge ? Personnellement, ça me froisse. D’abord parce que je ne suis pas aveugle, c’est un mensonge, et puis parce que j’en suis plutôt fière de mes 62 ans. J’ai survécu jusque-là et c’est déjà pas mal, j’en connais quelques-uns arrêtés en plein vol, beaucoup pour qui la route fût bien plus courte et qui, j’en suis certaine, auraient bien aimé avoir 62 ans et même les paraître. En leur mémoire (et parce que je n’ai pas envie de passer mon énergie à lutter contre l’inéluctable), je porte fièrement mes rides et mes cheveux blancs, j’accepte les maux et tourments de l’âge. Je n’ai pas envie de faire jeune, je l’ai été, c’était cool, mais j’aime bien aussi être vieille, je me sens bien plus sereine, débarrassée de préoccupations inutiles, on m’écoute quand je parle (en général) et puis je me lève chaque matin avec le plaisir de ma vie et la conscience de la fragilité de tout – ce qui rend ce tout si précieux. Sans en avoir percé le mystère j’ai tout de même une meilleure compréhension de la vie, de l’humain, de l’amour… Non, merci, je n’ai pas envie de faire plus jeune que mon âge, j’ai juste envie de faire « à l’aise dans mes chaussures confortables »