

Mon très cher plus vieil ami
Je t’ai dit que je te raconterai la fête. Mais tu l’as peut-être vécue de là où tu étais, qui sait ?
Tu as vu comme nous avons eu de la chance avec le temps, ce grand soleil et cette douceur dans l’air. Le soleil, le vin, les enfants et les amis. Chanceux que nous sommes
Dans cette tribu, nous n’en demandons pas plus.
Hier, c’était rencontre à la librairie Mot à Mot de Pertuis.
Je l’ai vu naître cette librairie. Ma mémoire n’est pas bonne mais je crois que c’était dans les années quatre-vingt. En revanche je me souviens de la grande bâche disant que prochainement une librairie s’ouvrirait sur ce lieu. Comme un cadeau encore emballé.
Hélène et Jean-Marc ont eu l’audace de cette aventure.
Elle ne nous a pas déçu, la librairie ressemblait bien à une librairie, des livres, du bois, une atmosphère… celle que tous les lecteurs connaissent, ce bonheur de l’odeur des promesses.
Rendez-vous

Mon très cher plus vieil ami
Oui, je continue, on pourrait dire que ce sont des lettres de l’after.
Mort ou vif, j’ai toujours plaisir à t’écrire.
Comme une conversation continue, je ne peux pas me résoudre à ne plus te raconter ma vie, avec le recul je me rends compte à quel point tu écoutais bien, comment tu posais les questions au bon moment, je ne pense pas être la seule à avoir eu cette impression que l’on pouvait tout te dire. Vraiment. C’est étrange de penser qu’au fond tu étais rassurant par cette écoute, ce non-jugement, oui c’est étrange à penser parce que d’un autre côté tu étais tout sauf rassurant, sans revenus ni réellement de domicile fixes, vivant au jour le jour.
Au fond ta philosophie remplaçait tout, la carrière, le statut social, les projets.
Par exemple, tu me disais que tu étais hermétique à la poésie, mais c’est parce que tu la vivais. Pas besoin de la lire, ni de l’entendre, tu la sentais, la voyais, là où elle est. Partout.
Poésie partout, conformisme nulle part.


En ce jour du 8 mars


Mon très cher plus vieil ami
Au final, cela faisait des années que tu nous avais habitués à ton absence.
Comme un effacement.
Tu t’es gommé, self-gommé.
Je n’ai pas pleuré, cela fait bientôt trois mois maintenant. Au début je pensais que le chagrin allait me tomber dessus d’un coup, par surprise.
J’ai bien des larmes de temps en temps, des larmes égoïstes, tu étais tout de même mon premier et plus grand fan.
Ton regard sur moi me manque.
Sans jugement, sans attente, un amour inconditionnel, tu m’as presque toute ma vie regardée comme ça.
Je disais que tu étais un repère pour moi, c’est vrai que tu avais un regard de (re)père.
Tu étais aussi mon repaire.
Les larmes viennent quand j’ai envie de parler avec toi, c’était si facile, pour tout le monde, de parler avec toi.
Tous se confiaient, se livraient, naturellement.
Tu dois avoir emporté quelques secrets dans ta tombe, enfin dans la mer.
Aussi quelques petites larmes, quand on passe pas loin de chez toi. Quand on repart de chez le Pitchoun.
The Queen is gone
Ma rencontre avec elle s’est passée exactement comme je le raconte dans le poème, un choc dans le plexus
j’ai acheté, offert, cet album des dizaines de fois tout au long de ma vie
j’y reviens de temps en temps
ce soir, par exemple
la reine est partie de l’autre côté du monde
la reine, la frangine, l’écorchée, l’élégante, la précieuse
Allez savoir ce que touche en vous l’artiste
mais quand elle part
elle emmène quelque chose de vous aussi


Le chant des femmes afghanes
Le chant des femmes afghanes
murmure dans l’obscur
mélopée des ténèbres
la liberté au sang glacé
empalé à la pointe médiane
verse du sel sur nos blessures
la mélodie funèbre
des femmes emmurées
le rire des femmes afghanes
devenu silence pesant
dans le cœur des vivants

Via Flore (évidemment ! :-))
