Notre ciel


Des traces de la diligence
des oiseaux de nuages
un avion passe à travers la lune du jour
laisse une perche de fumée
au funambule qui s’y trouve

Marie m’a dit (2)


Je suis gentille. C’est ce que tout le monde dit : Marie, elle est gentille, et douce.
Je crois que je préfère.
Ce n’est ni plus ni moins confortable qu’autre chose.
Je l’ai sans doute choisi, il y a longtemps, maintenant je ne saurais pas faire autrement.
Bien sûr, deux ou trois personnes sur Terre savent que ce n’est pas une vérité absolue, cela reste une réalité, je suis gentille. lire plus…

De la maternité et du temps


Un jour, vous avez un enfant de 40 ans.
Oui, jeunes mamans je vous le souhaite du fond du cœur, un jour vous avez un enfant de 40 ans. Cela dit, ça fait drôle, il y a deux jours c’était votre tour, vous aviez 40 ans et il était seulement un adulte en devenir, comme une blague à laquelle on ne croit pas plus que ça. lire plus…

Marie m’a dit


Merci de cesser de me dire bon courage à tout bout de champ.
Je ne suis pas Ukrainienne, je ne suis pas migrante, je ne suis pas malade, je ne suis pas au cœur des souffrances de la planète. Je vis en France, j’ai la sécurité sociale, un toit sur ma tête (pas des bombes) et de la nourriture dans mon assiette tous les jours. Je suis à peu près en bonne santé et la famille va bien, merci.
Le courage, comme tous, il m’est nécessaire à certains moments de la vie, je ne tiens pas à le gaspiller, je préfèrerais que vous me souhaitiez simplement une bonne journée, une belle route ou une bonne vie.
Mais si c’est vous qui en avez besoin, je vous souhaite tout le courage du monde, celui qui affronte l’impensable et continue de tourner.

En fait


Une maison est juste une caravane
avec plus d’étoiles –
cinq au moins

Le départ du Sanglier


Des êtres sur votre route
que vous oubliez quand elle bifurque
un avis de décès les fait revenir
pour honorer leur mémoire et leur compagnie
vous vous souvenez

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Big up


Respect et gratitude aux grosses en robe moulante, aux vieilles aux bras chauve-souris en débardeur, aux vergeturées en maillot de bain.
Votre liberté libère les autres femmes, je ne suis pas encore des vôtres, je parle du point de vue de cette émancipation, pour le reste je suis bien des vôtres (je ressemble de plus en plus à Madam Mim) mais à mon grand dam je n’assume pas.
Moi, oui moi, chantre du féminisme, femme des années quatre-vingt, défenseure bec et ongles vernis des droits des femmes, de l’équité des sexes, moi qui ai vécu et vit un chemin où ma plus grande bataille a été et est de préserver ma liberté d’être, j’escamote mon embonpoint, ma peau fanée, ma cellulite.
Double peine, double honte (la honte d’avoir honte).
Chacun, chacune, a ses propres difficultés sur sa route, chacun, chacune, se traîne des bagages plus ou moins nets. Merci de m’en alléger le poids.
Je vous admire. Je travaille chaque jour à gagner ce droit et ce pouvoir dont vous me montrez l’exemple.
Merci du fond de mon cœur et de mon paradoxe.
Force et solidarité.

La voie est libre

Ce récit – à deux voix en « repons » – parle des trains d’Hélène Dassavray et de ceux de Jean Azarel (enfin presque), de nos mères et des madones des sleepings, des dactylos rock chères jadis aux Chaussettes Noires, de Marianne Faithfull, de la poésie ferroviaire, des transports noirs, des amours impossibles et des amours trop rapides, de Blaise Cendrars et des fantômes de quelques disparus au bout des quais…
Après Les femmes fatales sont-elles mortelles et Waiting for Tina, les deux auteurs ouvrent d’autres voies. Elles ne sont pas de tout repos. Mais il s’agit  d’embarquer en des sortes de trains fantômes avec élégance et désinvolture, même au nom de l’amour pour celles et ceux que nous laissons sur le quai.
La mère s’en va, elle est oubliée pour une autre femme. Les mots semblent faire de même sauf ceux qui accompagnent dans des trains de nuit qui mènent à travers les plaines, cheval de fer et locomotive d’or.
Une vitesse fleuve emporte dans cette divagation au bourdonnement zigzagant. Certains somnolent au lait de l’enfance, partis à la nuit claire à la recherche d’une présence d’une dame à l’âme endormie. Les corps ont leur raison que la raison ne connaît pas au moment où  le gel fige les limites du cœur  à ce qu’elles sont : une existence comptée. C’est un constat de trop de logiques ou de pas assez de bogies : mais il faut poursuivre encore.

jean-paul gavard-perret [in lintern@ute]

Une autre lecture de jean-paul gavard-perret ICI

 

La nuit respire


La nuit respire
indifférente
aux incendies lointains

La mémoire d’une étoile
pourtant
rappel de feu
en pourfend
la sombreur

Un dimanche matin

Mon cher Tonton Reporter,

J’ai le sentiment que nous sommes tous ébahis par ce qu’on appelle la fuite du temps, est-ce encore un cliché quand les mots sont si justes qu’on n’arrive pas à le dire autrement ? Cela fait bien longtemps que l’on ne s’est pas donné de nouvelles mais c’est le propre de l’amitié de se contrefoutre de la fuite du temps.
J’ai plaisir à voler quelques minutes pour t’écrire, minutes volées aux contraintes, celles du travail, de l’aménagement, de la chaleur.
Fait-il aussi chaud chez toi ? Le jour qui pèse ? Il n’y a que l’eau, on se relève plusieurs fois dans la nuit prendre une douche, se recoucher sans s’essuyer pour avoir presque froid. Je suis encore émerveillée de cette salle de bains royale à portée de pas après ces six années en caravane sans eau. lire plus…


Les gestes des gens (2)


Le couple marche devant moi
c’est l’été, bruissant de monde
ils vont traverser la cohue des voitures
dans le même mouvement
ils se prennent la main
d’instinct