La nuit respire


La nuit respire
indifférente
aux incendies lointains

La mémoire d’une étoile
pourtant
rappel de feu
en pourfend
la sombreur

Un dimanche matin

Mon cher Tonton Reporter,

J’ai le sentiment que nous sommes tous ébahis par ce qu’on appelle la fuite du temps, est-ce encore un cliché quand les mots sont si justes qu’on n’arrive pas à le dire autrement ? Cela fait bien longtemps que l’on ne s’est pas donné de nouvelles mais c’est le propre de l’amitié de se contrefoutre de la fuite du temps.
J’ai plaisir à voler quelques minutes pour t’écrire, minutes volées aux contraintes, celles du travail, de l’aménagement, de la chaleur.
Fait-il aussi chaud chez toi ? Le jour qui pèse ? Il n’y a que l’eau, on se relève plusieurs fois dans la nuit prendre une douche, se recoucher sans s’essuyer pour avoir presque froid. Je suis encore émerveillée de cette salle de bains royale à portée de pas après ces six années en caravane sans eau. lire plus…


Les gestes des gens (2)


Le couple marche devant moi
c’est l’été, bruissant de monde
ils vont traverser la cohue des voitures
dans le même mouvement
ils se prennent la main
d’instinct

Les gestes des gens


Le couple passe devant moi
ils entrent dans le bar
leurs enfants dans les pattes
en marchant l’homme pose sa main sur les reins de la femme
elle s’en dégage
dans un mouvement
d’instinct

Aux premiers jours


Ma chère Flore,

Pardonne-moi de ne pas te donner davantage de nouvelles, en ce moment les journées sont beaucoup trop courtes.
Tu sais à quel point ce déménagement est un changement de vie, un remue-ménage de tous les repères. Again. Je regarde dans le dictionnaire la définition de bouleversement, le mot est trop fort, je ne trouve pas la nuance exacte.
Il n’y a de constant que le changement …

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La voie est libre


– Dans le wagon huit du train au nom imprononçable, il me semble que c’est l’année, Hélène, où tu as quitté ta caravane, quelqu’un que personne n’a jamais pu identifier, je soupçonne le personnel comme les voyageurs de n’avoir pas vraiment essayé, passait invariablement « Five hundred miles » en boucle. Au moment du refrain, la fée Clochette touchait de sa baguette la vitre teintée du compartiment et Joan Baez apparaissait, humble, simplement belle, avec ses yeux de ruisseau, madone en robe gris foncé tombant à l’amble du genou. « If you miss the train I am on, you will know that I am gone ». Comment aurions-nous pu louper le train de Joan ?
…
– Tu sais, en vérité, je n’ai jamais quitté ma caravane. Je suis comme toi, Jean, du voyage. C’est trop tard pour que j’apprenne à fermer une porte à clé. J’ai vendu mon âme au vent. Je ne m’excuserai pas de ma vie heureuse. C’est cela que balaiera le nouveau, cette idée que par respect pour ceux qui souffrent, pour ce qui souffre en nous, nous devrions voiler nos visages et nos éclats de joie. Comme si nous ignorions la portée de nos rires, l’éphémère de la situation. Chacun veut imposer quelque chose au monde . Je demande la légalisation de la douceur.

[ La voie est libre – Avec Jean Azarel – Editions Douro]

Der de der


Mon très cher plus vieil ami,

T’écrire ce soir, parce que tu suis le feuilleton depuis le début, parce que tu comprends tous mes mots.
C’est ma dernière nuit dans la caravane.
Elle est joyeuse. Une porte se ferme, une autre s’ouvre, un chapitre se clôt, un autre commence, enfin tu saisis l’état d’esprit.
Je laisse de côté le fait que l’on puisse disparaître d’une seconde à l’autre, non pas par inconscience ou superstition mais pour des raisons pratiques : je veux vivre pour l’instant.
Je veux vivre cette nouvelle aventure dans ce superbe décor.
Mon amoureux a construit un palais en parpaings dans un lotissement, j’en ris toute seule.
C’est ma dernière nuit dans la caravane, j’en aime déjà la nostalgie.
Mon lendemain m’enchante.
Ma seule inquiétude est pour le chat, le transport, l’acclimatation.
J’ai le sentiment que je vais retrouver ma vie, celle où je reçois dans ma maison mes gens de coeur. C’est ce qui m’a le plus manqué.
En même temps cette autre aventure, la vie à deux de tous les jours, je crois qu’on va bien s’amuser.
Je quitte beaucoup de choses ce soir, c’est un adieu serein à la fille qui habite dans une caravane. Je passe à la poupée russe suivante.
Je te tiens au courant pour le chat.

La voie est libre

 

Merci de voyager sur notre ligne,
pour les consignes de sécurité,
chacun se débrouille comme il peut,
nous ne pouvons rien garantir.
Les garçons doivent être forts,
et les filles belles.
Les vaches seront ainsi bien gardées.
Au lieu de regarder les trains passer.
Ce monde devrait tenir compte de nos larmes.
C’est le train de Cendrars,
et toujours une femme.
La petite Jehanne de France
répète inlassablement
son refrain au rythme des essieux :
Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre ?
Elle tient son rôle dans le poème,
pute et soumise.
Les muses n’ont pas de fierté,
elles ont les bras ouverts à la pointe du bastingage.
Elles préparent le monde,
le jour où il laissera se déployer
la force des femmes.

[ La voie est libre – Avec Jean Azarel – Editions Douro]

En librairie en juin

 

C’est une drôle de sensation ce livre. Il a été écrit en 2018. Depuis, pas mal de trains sont passés sous les ponts, des grands changements, publics et privés.
Pourtant il n’y a pas tant de phrases ou de vers que j’écrirais autrement. lire plus…

D’ici


Je n’ai pas tondu l’herbe au début du printemps
elle envahit les alentours de la caravane
je devrais le faire
je ne m’y décide pas lire plus…